Cette série s’appuie sur la réactivation d’un film Super 8 familial tourné en 1969, auquel sont juxtaposées des photographies actuelles de la Camargue. Sur le plan matériel, la pellicule exhibe l’usure du temps : granulation, ternissement des couleurs, traces de manipulation. Anita Volker exploite ces altérations non seulement pour souligner la vulnérabilité de la mémoire filmique, mais aussi pour mettre en lumière le rôle de l’archive dans la construction d’un récit visuel. En superposant les images anciennes et contemporaines, la pratique artistique met en évidence les continuités paysagères, comme la persistance de certaines structures géologiques ou aménagements humains, tout en donnant à voir les transformations : modification des écosystèmes, altération des berges, évolution esthétique de la Camargue. Cette tension entre permanence et changement interroge la manière dont un lieu se transmet à travers les générations et se reconfigure au gré des influences économiques, culturelles et environnementales. Loin d’une simple reconstitution chronologique, ce montage visuel crée un dialogue entre le passé intime — capturé à travers le regard familial — et le présent, offrant une relecture critique des rapports entre archive et territoire. Il s’agit de comprendre comment chaque trace filmique, malgré son apparente fragilité, participe à la mémoire collective d’un espace naturel aussi singulier que la Camargue.
En filigrane, Anita Volker interroge notre propre capacité à lire et interpréter ces strates temporelles : l’archive ne se cantonne plus à un statut de document, mais acquiert une portée plastique et symbolique. Les images sollicitent un effort de décryptage, où le spectateur se retrouve à la fois témoin d’un héritage familial et acteur d’une réflexion plus vaste sur la préservation, la mutation et la représentation d’un paysage au fil des décennies.

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