Le Visage infiguré explore ce moment où le visage cesse d’être évidence pour devenir question. Un portrait surexposé laisse affleurer une présence sans traits, comme si le sujet glissait hors des catégories habituelles de reconnaissance. Le moulage déformé fait remonter la mémoire de la chirurgie, du trauma, des visages blessés que la médecine tente de rendre à la vie. Entre ces deux figures, le ciel troué propose un troisième visage, sans peau ni os : une simple ouverture dans la matière des nuages. La série interroge ce qui « fait visage » lorsque les contours se dissolvent, que la peau devient surface abstraite ou plâtre meurtri. Plutôt qu’un catalogue de monstres, elle propose une phénoménologie du regard : comment voyons nous ce qui ne nous regarde plus tout à fait. Chaque image déplace la frontière entre portrait clinique et image poétique, entre document et apparition. Le blanc, l’effacement et le creux deviennent des lieux d’inscription du sujet, autant que ses traits eux-mêmes. Dans ces visages infigurés se rejoue l’expérience de la vulnérabilité, du risque d’être réduit à une forme illisible. Regarder cette série, c’est accepter de rester dans cet entre-deux, là où le visage n’est plus donné mais à réinventer.